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"O beau pays...!" le retour de Meyerbeer sur les scènes françaises

by William Desniou, Donizetti Society Newsletter 94, February 2005

Comments on performances of   l'Africaine (Strasbourg, Opéra national du Rhin, vendredi 11 juin, 2004) and les Huguenots (Metz, Opéra Théâtre, samedi, 12 juin 2004).  A discography of both operas is also included.   The excerpt below is the introduction and the section pertaining to les Huguenots).  A fairly free English translation of the article is available here.

 

«Le compositeur qui connut au XIXème siècle la gloire la plus longue et la plus internationale? On a du mal à le croire aujourd'hui : ce n'est ni Verdi, ni Wagner, ni ... C'est Meyerbeer »'.

Il est en  effet difficile de le penser, quand on voit le mépris profond avec lequel la capitale française l'ignore superbement, dans laquelle ont pourtant été créés triomphalement Robert le diable (21 novembre 1831), les Huguenots (15 décembre 1833), le Prophète (l6 avril 1849), l'Etoile du Nord (16 février 1854), le Pardon de Ploërmel (4 avril 1859) et l'Africaine (28 avril 1865). Les grandes scènes européennes ou internationales montrent aussi maintes réticences devant ces ouvrages exigeants sur les plans tant scénique que vocal, et l'idée même de (re)monter ce qu'on appelle un grand opéra effraie peut-être les plus courageux. Celui-ci en effet suppose entre autres des moyens importants si  l'on veut respecter un genre très codifié avec ses ensembles choraux souvent nombreux, ses ballets indispensables (les gravures de l'époque en donnent un bon aperçu) et trouver des chanteurs rompus aux pires exigences: n'est pas Adolphe Nourrit ou Pauline Viardot qui veut.

N'en déplaise pourtant aux directeurs de théâtre récalcitrants, aux opposants de l'opéra de cette époque, on peut aujourd'hui encore, avec succès, donner à voir et entendre les ouvrages de Meyerbeer et de ses contemporains: un Meyerbeer pouvant en cacher un autre, les Opéras de Metz et de Strasbourg donnent à quelques jours d'intervalle les Huguenots et l'Africaine, pour ainsi dire l'alpha et l'oméga des ouvrages que Meyerbeer a créés à Paris, puisque près de trente années séparent les deux opéras, trois décennies qui montrent le cheminement du compositeur qui a su faire siens les préceptes nouveaux de l'opéra lyrique au terme de sa vie.

 

  Section on l'Africaine  omitted ……

 

Le lendemain soir, avait lieu, à Metz, la dernière représentation des Huguenots, dernier ouvrage également d'une saison messine intelligente, articulée autour du thème des jeux du pouvoir, sous la direction artistique du ténor anglais Laurence Dale, malheureusement démissionnaire: nous ne pourrons donc pas voir Orazi e Curiazi de Mercadante qui aurait dû ouvrir la saison prochaine.  Comment ne pas le regretter amèrement ? Comment ne pas s'interroger sur la politique menée par les théâtres ? On ne peut en tout cas que féliciter M. Dale pour ses choix et il est malaisé de croire que de tels ouvrages aient fait fuir le public, au contraire très présent et venu de partout, quand il s'agit de voir des ouvrages qui sortent des sentiers battus.

Quoi qu'il en soit, on peut bien sûr se demander si la scène, assez petite, de l'Opéra Théâtre de Metz est capable de recevoir un "grand opéra" qui suppose par exemple, est-il besoin de le rappeler, d'assez fréquents déplacements de foule impressionnants, que permettait la salle Le Peletier où l'ouvrage a été créé après Robert le diable et avant le Prophète ou l'Africaine. Laurence Dale l'a bien compris, qui propose une mise en scène assez dépouillée dans des décors minimalistes d'Eric Chevalier afin que tous les chanteurs puissent occuper — parfois difficilement — l'espace scénique. Mais l'intérêt de cet opéra qu'on donne rarement en France(2) est ailleurs, dans la musique, électrisante, dans l'intensité dramatique croissante.

La distribution est globalement satisfaisante et largement dominée par les hommes, qu il s agisse des rôles secondaires, comme Jean-Philippe Marlière qui incame Saint-Bris, ou importants. Philippe Kahn est un superbe Marcel, très chaleureusement applaudi, ajuste titre, au rideau final. Rockwell Blake n'a certes plus l'âge de Raoul, mais sa diction parfaite du français, et surtout sa technique, époustouflante dans les nuances ou le souffle, laissent pantois, et n'en déplaise à ses détracteurs dont certains se sont bruyamment manifestés ce soir-là, quelle leçon de chant !

Du côté des interprètes féminines, les avis sont beaucoup plus nuancés: Sally Silver propose une belle Marguerite, Hjördis Thebault est un page Urbain assez insignifiant. Plus problématique en revanche est la Valentine d'Alketa Cela: le rôle est important, son long duo avec Raoul capital, mais le soprano albanais n’est pas toujours à la hauteur des exigences et des attentes: aigus stridents, notes parfois approximatives.

A la tête de l'orchestre nationale de Lorraine, le chef anglais Jeremy Silver se révèle quelquefois dérouté par la partition et cela n'est pas sans conséquences dans les tempi, avec les décalages qu’on peut aisément imaginer.

Saluons par conséquent le courage de ces deux théâtres qui ont permis à un public nombreux et  enthousiaste d'assister à ces deux fleurons de l'opéra français dans l'attente des Huguenots que Liège  proposera en juin 2005 ou de Margherita d'Anjou mis en scène à l'Opernhaus de Leipzig a partir du 27 mai 2005. Espérons que l'édition critique en cours des opéras de Meyerbeer donnera un regain d'intérêt pour ce compositeur(3). 

[Also note that Meyerbeer’s Semiramide is being performed at Wildbad in July ]

 

Discographie de ces deux opéras 

Les Huguenots: Marguerite, Valentine, Urbain, Raoul, Marcel / chef, lieu, marque

 - Renée Doria, Jeanne Rinella, Simone Couderc, Guy Fouché, Henri Médus / Jean Allain, Paris  Théâtre de l'Apollo, 1953 (CD Accord, extraits)

 - Antonietta Pastori, Anna de Cavalieri, Jolanda Garino, Giocomo Lauri-Volpi, Nicola Zaccana / Tullio Serafin, Milano Auditorium délla Radio Televisione Italiana, 23/10/1955 (CD Hunt, en italien)

 - Joan Sutherland, Giulietta Simionato, Fiorenza Cossotto, Franco Corelli, Nicolaj Ghiaurov /  Gianandrea Gavazzeni, Milano Teatro alla Scala, 28/05/1962 (Cetra) & 07/06/1962 (CD Nuova Era, en italien)

- Beverly Sills, Angeles Gulin, Kay Creed, Tony Poncet, Justino Diaz / Reynald Giovaninetti, New York, Carnegie Hall, 15/05/1969 (CDVoce della Luna)                  

  - Joan Sutherland, Martine Arroyo, Huguette Tourangeau, Anastasios Vrenios, Nicolaj Ghiuselev / Richard Bonynge, London Kingsway Hall, 1969 (CD Decca)

  - Rita Shane, Enriqueta Tarrés, Jeanette Scovotti, Nicolai Gedda, Justino Diaz / Ernst Märzendorfer.Wien Grosser Konzerthaussaal, 12/02/1971 (CD Myto)

  - Christiane Eda-Pierre, Enriqueta Tarrés, Angeles Chamorro, Angelo Lo Forese, Justino Diaz / Ino Savini.Barcelona Gran Teatre del Liceu, 25/11/1971 (CD Ino Savini, extraits)

  - Louise Lebrun,  Kathie Clarke, Della Jones, Alain Vanzo, Will Roy / Henri Gallois, Pans Maison de Radio France Studio 104,01/12/1976 (CD De Plein Vent)

  - Ghylaine Raphanel, Françoise Pollet, Danielle Borst, Richard Leech, Nicolaj Ghiuselev / Cyril  Diederich, Montpellier Opéra Berlioz Le Corum, 01-04/10/1988 (CD Erato)

  - Joan Sutherland, Amanda Thane, Suzanne Johnston, Anson Austin, Clifford Grant / Richard  Bonynge, Sydney Opéra House 02/10/1990 (Vidéo Virgin Classics)

 - Angela Denning, Lucy Peacock, Camille Capasso, Richard Leech, Martin Blasius / Stefan Soltész, Berlin Deutsche Oper (02, 05,08)/09/1991 (DVD Arthaus, en allemand)

 - Désirée Rancatore, Annalisa Raspagliosi, Sara Allegretta, Warren Mok, Soon-Won Kang / Renato Palumbo, Martina Franca, Cortile del Palazzo ducale 04-06/08/2002 (CD Dynamic)

 

......  Discography of l'Africaine omitted .......

 

Footnotes

2)   Si l'Opéra de Paris a affiché les Huguenots jusque 1936, la province française s'est montrée beaucoup plus  frileuse avec cet ouvrage:

     -Marseille (14/10/1919)

     - Marseille (15/10/1936): Germaine Pape, - , -, Jean Caujolle, Humbert Tomatis

     - Lille (15/10/1964): Gery Brunin, Hélène Piroird, Carrel, Angelo Lo Forese, Félix Gibaud

     - Rouen (mars 1965): Jeanne Rinella, Schmidt, Langlois, Angelo Lo Forese, Henri Médus

     - Marseille (29/04/1967): Gery Brunin, Andrée Esposito, Edmée Sabran, Tony Poncet, Boris Carmeli

     - Toulouse (20/10/1972): Hélia T'Hézan, Françoise Garner, Claveire, Uviero, Soumagnas

     - Montpellier (01/10/1988): Ghylaine Raphanel, Françoise Pollet, Danielle Borst, Richard Leech, Nicolaj  Nicolaj Ghiuselev

     - Montpellier (21/11/1990): Ghylaine Raphanel, Nelly Miricioiù, Danielle Borst, Gregory Kunde, John Macurdy

 

 3) Les ouvrages en français sont suffisamment peu nombreux pour qu'on les signale - d'autant que les suivants  sont étrangement absents de la bibliographie qui couvre malgré tout quatre pages dans le programme de salle de  Strasbourg:

     - Sergio Segalini, Diable ou prophète 7 Meyerbeer, Éd. Beba, Paris, 1985

     - Jean-Claude Yon Eugène Scribe, Infortune et la liberté. Librairie Nizet, Saint-Genouph 2000

     - Jane Fulcher, le Grand Opéra en France : un art politique (1820-1870), Éd. Belin, 1988 (traduit de l'anglais et  commentaire des illustrations par Jean-Pierre Bardos).

  

 

 Page last updated January 1, 2008

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